Santé Sexuelle au Masculin

Après un cancer de prostate, la vie sexuelle continue.

Carol Burte

Le cancer de la prostate est le deuxième cancer le plus fréquent chez l’homme de plus de 50 ans. Du fait du dépistage précoce, il est le plus souvent diagnostiqué alors qu’il n’existe encore aucun symptôme urinaire, et chez des hommes apparemment en excellente santé.

Dans ce contexte, la prostatectomie radicale est le traitement le plus fréquemment proposé. Cette intervention consiste à retirer toute la glande prostatique ainsi que les vésicules séminales. Elle va avoir des conséquences sur la fonction sexuelle.

Le plaisir sans l’éjaculation

La prostate et les vésicules séminales sont responsables de la fabrication du sperme. L’intervention va donc interdire l’éjaculation et ceci de façon définitive. Ceci ne veut en aucun cas dire qu’il n’y aura plus d’orgasme. Le mécanisme de l’orgasme étant indépendant de celui de la fabrication du sperme, les sensations de plaisir et l‘orgasme lui-même, restent possibles après la prostatectomie et sont même plus intenses pour de nombreux patients.

Et l’érection ?

Les problèmes d’érection sont, à de rares exceptions, toujours présents après une prostatectomie, quelle que soit la technique employée (chirurgie ouverte, célioscopie, prostatectomie robotisée).

Les causes en sont neuro-vasculaires. Les nerfs érecteurs et leur vascularisation, qui conduisent le message nerveux permettant l’érection, cheminent à proximité de la prostate et sont souvent endommagés par la chirurgie. Lorsque le volume de la tumeur est trop important, le chirurgien est obligé de les sectionner, on parle alors de prostatectomie sans préservation des « bandelettes vasculo-nerveuses ». Le chirurgien préserve les bandelettes à chaque fois que le volume de la tumeur le permet. On parle alors de prostatectomie « avec préservation des bandelettes ».

Qu’il y ait ou non préservation des bandelettes vasculo-nerveuses, l’intervention a pour effet de provoquer une sorte de paralysie de ces nerfs. Dans les suites immédiates de l’intervention, aucune érection n’est possible la plupart du temps, ni lors d’une stimulation sexuelle ni même en ce qui concerne les érections spontanées (la nuit, le matin). Ce phénomène est naturel et directement lié aux conséquences locales de l’intervention. Même si les nerfs ont été préservés, la contusion des tissus est responsable de réactions inflammatoires locales au niveau des tissus nerveux et des vaisseaux sanguins proches de la prostate.

Cette absence d’érection peut avoir des conséquences à long terme car les corps caverneux (tissus érectiles de la verge) risquent d’être alors moins bien oxygénés et une fibrose peut se développer, rendant difficiles les futures érections, lorsque les nerfs auront récupéré leur fonction. On compare souvent les corps caverneux à des éponges, et une éponge dont on ne sert pas, se dessèche.

Une rééducation véritable

Il faut donc entretenir l’oxygénation des corps caverneux et, au même titre que pour une rééducation après une opération par exemple d’un genou, il faut faire une rééducation de la fonction érectile pour garder une bonne élasticité des corps caverneux.

Cette rééducation consiste à provoquer des érections de façon régulière, par exemple en s’aidant d’un médicament d’action locale. Dans les suites immédiates de la prostatectomie, aucun médicament n’est à même de permettre une érection véritable, car les conditions physiologiques ne le permettent pas encore. Ils sont cependant efficaces sur l’oxygénation des tissus, c’est pourquoi ils sont souvent prescrits très rapidement après l’intervention. Pour que cette rééducation soit efficace, il faut la démarrer tôt après l’intervention

Traitements pharmacologiques de l’érection

A côté des médicaments oraux de l’érection, il existe d’autres possibilités de traitement.

Les injections intra caverneuses

Ce sont bien sûr des piqures, mais qui sont quasiment indolores, à la fois car on utilise une aiguille très fine (1/3 de millimètre), et aussi car l’injection est pratiquée dans une zone peu sensible où la peau est très fine. Il n’y a aucune sensibilité une fois que la barrière de la peau est franchie, tout comme lors d’une prise de sang où l’on sent l’aiguille rentrer mais on le la sent pas à l’intérieur. Ces injections permettent l’oxygénation des corps caverneux en provoquant une érection. L’effet est très rapidement obtenu (environ 10 minutes le plus souvent), et il n’y a pas d’effet secondaire ni d’interaction avec d’autres médicaments.

Le vacuum

Il s’agit d’un appareil qui permet d’obtenir une érection au moyen du vide, grâce à un cylindre en plastique muni d’une pompe. La verge est placée dans ce cylindre , lui même plaqué contre la peau du ventre et l’action de la pompe permet un afflux sanguin dans les corps caverneux , par effet ventouse. Lorsque la verge s’est remplie de sang et a atteint le volume souhaité , on maintient cette érection au moyen d’un anneau en caoutchouc placé à la base de la verge , jouant un rôle de garrot. L’utilisation du vacuum peut se faire en alternative des injections ou bien en complément; le but étant toujours d’entretenir une bonne oxygénation locale.

Une récupération progressive

La récupération de la commande neurologique des érections est variable selon les personnes. Elle se fait rarement dans les six premiers mois et peut durer jusqu’à 2 an.

C’est toute la fonction sexuelle qui est perturbée lorsque l’on diagnostique un cancer de la prostate. Ceci est lié à des facteurs psychologiques et émotionnels : L’annonce du diagnostic tombe souvent comme un couperet, en réactivant toutes les peurs inconscientes liées à la notion même de cancer et à sa possible évolution, ce qui bien sûr influe sur le désir sexuel.

Ce qui est particulier à la prostate, comme aux cancers génitaux de la femme d’ailleurs, c’est que la prostate se situe dans la sphère génitale et participe à la fonction sexuelle. Les craintes autour de la maladie et de sa relation à la sexualité sont des facteurs qui influent négativement sur la sexualité, la plupart des patients préférant éviter les relations sexuelles avant l’intervention.

Après une prostatectomie, il y a bien sûr une période d’obligatoire abstinence sexuelle , du fait de la période de cicatrisation . La reprise des rapports est parfois difficile car entre le patient et sa partenaire , va venir s’interposer un geste médical, ce qui est perturbant au départ. L’intimité est à réinventer et la complicité souvent difficile à rétablir à cause de cette intrusion médicamenteuse.

Souvent d’autres problèmes, comme une légère incontinence urinaire peuvent également rendre les relations sexuelles compliquées.

Après une prostatectomie , il faut bien sûr continuer à surveiller le PSA de façon régulière et à chaque nouvelle prise de sang , le patient est confronté à sa maladie et développe une anxiété anticipatoire quant aux résultats et il est bien entendu difficile d’avoir une sexualité épanouie dans un contexte de peur.

Lorsque la peur d’une récidive s’éloigne , que le cancer semble guéri , si la dysfonction érectile persiste , le patient peut être déçu. Il n’est plus dans la peau d’un malade, mais tout simplement d’un homme qui serait amputé d’un des principaux symboles de sa virilité et même si les injections ou les comprimés sont efficaces, il peut mal vivre cette sexualité médicalement assistée , il cherche à redevenir « normal ».

Toutes ces situations sont autant de facteurs influant sur le bon fonctionnement de la vie sexuelle en général ,dans ses composantes émotionnelles , érotiques et relationnelles . La place de la partenaire est fondamentale pour aider ce patient à retrouver un bon équilibre entre toutes les composantes de la sexualité et ne pas mettre l’érection au centre de tout son comportement sexuel. Il faut continuer dans le couple à entretenir le désir, le dialogue et l’érotique.

Il est important que les patients bénéficiant d’une prostatectomie soient bien informés des conséquences physiques et psychologiques de cet acte chirurgical sur leur fonction sexuelle . Ils doivent donc pouvoir bénéficier d’un suivi spécifique dans ce domaine pour pouvoir retrouver une vie sexuelle épanouissante, dans toutes ses composantes .

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