Couple et Sexualité

La jalousie

Marie hélène Colson

La jalousie est une émotion complexe. Dans le cadre du sentiment amoureux, elle est fondée sur la crainte que l’être aimé nous préfère quelqu’un d’autre, et elle associe de manière inextricable, passion, colère, frustration et surtout, douleur et angoisse,

Il existe certainement un sentiment « naturel » de jalousie propre à l’état amoureux, inspiré de la peur plus ou moins rationnelle de perdre de l’autre, d’en être abandonné au profit d’un autre, d’une autre. A tel point que l’on peut se demander si le sentiment amoureux est vraiment dissociable de la jalousie. Cervantes résume bien cette idée d’ailleurs, lui pour qui, « La jalousie est le tyran du royaume de l’amour ».

Mais la jalousie peut aussi procéder de l’instinct de propriété et se confondre avec le désir de toute puissance ou d’emprise exercé sur le partenaire. L’autre est une chose dont on dispose, mais dont il faut aussi négocier constamment l’appartenance contre d’autres. La jalousie permet de rester en éveil et d’éviter la perte de l’objet d’amour. Il ne s’agit pas vraiment ici d’un sentiment pathologique ou irrationnel, mais plutôt de l’évolution naturelle d’un fonctionnement amoureux fondé sur la possession de l’autre et non sur le partage amoureux.

A côté de la jalousie « ordinaire », la psychiatrie identifie donc une jalousie pathologique, devenue passion dangereuse, et où, sans raisons objectives, le sentiment d’être abandonné et bafoué submerge le sujet et en fait un despote qui poursuit le partenaire tout à la fois de son amour et de sa haine.

Freud décrit en 1922 trois formes de jalousies, de complexité croissante.

La jalousie concurrentielle , est celle que l’on peut ressentir après avoir été trompé. Toute une mosaïque de sentiments violents et intriqués déferlent sur le sujet (douleur, humiliation, frustration, angoisse, blessure narcissique, hostilité envers le rival …). Cette forme de jalousie, fréquente, nécessite un véritable travail de deuil jusqu’à la guérison c'est-à-dire à l’acceptation. Il sera quelquefois entravé, voire rendu impossible, par une focalisation sur le rival ou l’être aimé que l’on poursuit de sa haine, sur un sentiment de culpabilité (pas avoir su faire, pas à la hauteur, incapable de garder l’autre, de deviner…), ou de perte d’estime de soi, ressassé à l’infini. Il peut même arriver que l’on n’en guérisse jamais et que des années après il soit toujours impossible d’oublier et de recommencer une autre histoire d’amour.

La jalousie projetée , est celle, si fréquente, où le jaloux soupçonne l’autre car il est lui-même infidèle ou a des pulsions d’infidélité refoulées.

La jalousie délirante , enfin, serait une puissante tentative de défense contre une forme d’homosexualité refoulée, que Freud avait déjà étudiée dans son analyse du cas du président Schreber (1911), et rattachée au complexe d’Œdipe. Cette troisième forme de jalousie relève d’un état psychopathologique sévère, et représente l’une des formes classiques de la paranoïa.

Pour Lagache (1947), l’état de jalousie et les modalités de son expression sont directement reliés à l’organisation de la personnalité. Pour lui, dans une structure psychique bien compensée, chez un sujet ayant un bon contact avec la réalité, la jalousie ne prendra pas de forme délirante. Celle-ci surviendrait plutôt en cas d’organisation pathologique de la personnalité, ne permettant pas de reprendre contact avec la réalité.

Le délire de jalousie peut, assez souvent, être limité au domaine amoureux où il prend le pas sur toutes les capacités de raisonnement. Il peut aussi être le point d’émergence d’un délire paranoïaque systématisé. Le délire de jalousie est plus fréquent chez l’homme que chez la femme. L’alcool peut y jouer un rôle non négligeable, et Freud a souligné en son temps la similitude entre délire alcoolique et délire paranoïaque, qui fonctionnent tous deux en lien avec un fantasme de désir homosexuel chez l’homme.

L’attitude du partenaire joue t’il un rôle dans la construction de la jalousie ?

Dans la jalousie délirante, elle importe peu, puisque le délire se construit indépendamment du partenaire, mais bien en fonction de l’organisation pathologique de la personnalité du délirant. Quelque soit sa manière de réagir aux accusations du jaloux, l’exacerbation passionnelle sera la règle, et la persécution croissante du partenaire avec elle.

Dans les autres formes de jalousie, en revanche, l’attitude d’un partenaire vulnérable psychologiquement pourra jouer son rôle. La jalousie sera vite exacerbée par l’attitude d’un partenaire facilement culpabilisé, manquant de confiance en soi, cherchant à se justifier de ce qu’on lui reproche, en un mot, se désignant comme coupable, et donc comme victime toute trouvée, installant involontaire le décor sado-masochiste permettant à la jalousie de se développer et de s’organiser pour longtemps.

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